À Nice, à quelques semaines des municipales qui se dérouleront le 15 et 22 mars, deux listes de gauche font campagne séparément. Si leurs programmes présentent des convergences, le désaccord porte sur la méthode et le socle politique du rassemblement. En toile de fond, la question d’une stratégie commune au-delà du scrutin local.
À Nice, la gauche se présente en ordre dispersé pour les municipales. Deux listes occupent le même espace politique : « Unis pour Nice », menée par l’écologiste Juliette Chesnel-Le Roux, soutenue par Les Écologistes, le Parti socialiste et le Parti communiste ; et « Nice Front Populaire », conduite par Mireille Damiano avec l’appui de La France insoumise et du collectif Viva.
Selon un premier sondage dévoilé par Politico et réalisé par Cluster 17, la liste « Unis pour Nice » est créditée de 12% des intentions de vote au premier tour, contre 10% pour la liste « Nice Front Populaire ». Des chiffres qui alimentent mécaniquement la question de l’union. Additionnées, les deux forces pèseraient davantage face à la droite locale. Mais réduire la situation à un simple calcul de pourcentages serait, selon la candidate Mireille Damiano, passer à côté de l’essentiel.
Une divergence de méthode plus que de personnes
Mireille Damiano reconnaît l’existence de « points communs » entre les programmes, notamment sur l’écologie, le logement ou les transports. « Les choses sont parfaitement faisables et jouables », affirme-t-elle, se disant ouverte à un rapprochement au second tour. Mais elle défend un projet « complet, cohérent et travaillé depuis des années », insistant sur la démocratie locale et la structuration globale de son programme.
Nous proposerons un rassemblement si nous arrivons en tête
Mireille Damiano, candidate à la mairie de Nice
La distinction revendiquée n’est donc pas tant idéologique que stratégique. Pour la liste soutenue par LFI et le collectif Viva, la question est celle du socle : à partir de quelle ligne politique se rassemble-t-on ? « Nous proposerons un rassemblement si nous arrivons en tête », assure Mireille Damiano, affirmant que son engagement est sans condition préalable.
La référence au « Front populaire » dans l’intitulé de la liste n’est pas anodine. Elle renvoie à l’accord national conclu en 2024 entre les principales forces de gauche à l’occasion des élections législatives. Venue soutenir la campagne niçoise, Manon Aubry replace le débat sur un terrain plus large : selon la députée LFI au Parlement européen, une union n’a de sens que si elle repose sur « un programme clair » et sur une ligne assumée de rupture avec le macronisme. « Ce programme ne peut pas accepter d’atermoiements », explique-t-elle.
Ainsi, la fracture locale épouse une ligne de tension nationale : faut-il privilégier une alliance la plus large possible au premier tour, ou affirmer une cohérence politique quitte à négocier ensuite sur la base d’un rapport de force ?

Le second tour comme épreuve de vérité
Malgré leurs différences, les deux listes n’excluent pas un rapprochement au second tour. Mireille Damiano affirme que, si sa liste est qualifiée, elle proposera « de toute manière » un rassemblement. Elle observe que les engagements de ses concurrents apparaissent plus conditionnels.
L’enjeu devient alors moins celui de l’unité immédiate que celui de la légitimité. Qui arrive en tête ? Qui impulse la dynamique ? L’union, si elle advient, sera le produit d’un rapport de force issu des urnes.
En arrière-plan, une question plus large
La discussion dépasse cependant le cadre niçois. Sans en faire un laboratoire déclaré, les municipales interrogent la capacité des forces de gauche à s’entendre sur une méthode commune. 2027 n’est jamais explicitement convoquée comme objectif immédiat, mais elle affleure en filigrane. « La stratégie reste celle d’une union la plus large possible, mais sur un programme politique clair », résume Manon Aubry. Une formulation qui suggère que l’addition des sigles ne suffit pas. Encore faut-il partager un cap.



