À Nice, les agriculteurs obtiennent des engagements de la Métropole sur l’accès à l’eau

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Publié le 22 janvier 2026 à 20h20
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Mobilisés depuis l’aube à Nice, les agriculteurs réclamaient, ce jeudi 22 janvier, un accès garanti à l’eau et un tarif agricole harmonisé à Nice. Reçus au siège de la Métropole Nice Côte d’Azur, ils ont obtenu les engagements de Christian Estrosi sur le maintien des prix et le lancement d’une expérimentation sur l’utilisation des eaux brutes.

Depuis 7h ce jeudi matin, plusieurs dizaines d’agriculteurs ont roulé vers Nice pour faire entendre leurs revendications. En tête des priorités locales : sécuriser l’accès à l’eau et obtenir une tarification agricole stable et harmonisée à l’échelle du territoire. En plus des revendications nationales portées par les mobilisations contre les accords du Mercosur. Une délégation a été reçue au siège de la Métropole Nice Côte d’Azur par son président, Christian Estrosi, qui leur a donné le feu vert sur l’ensemble des revendications.

Une même tarification pour toutes les communes

« Sur la tarification en eau, nous sommes le seul territoire des Alpes-Maritimes à avoir accordé depuis des années une tarification plus basse que le tarif européen », soulignait Christian Estrosi. Dans un contexte de pression accrue sur la ressource en eau, l’élu a également souligné l’importance d’anticiper les effets du réchauffement climatique, tout en préservant l’activité agricole locale.

Le président de la Métropole désirait le maintien d’un tarif au plus bas et uniforme dans le contexte du chantier d’Haliotis 2 (une station d’épuration nouvelle génération à Nice), prévue pour 2031. « Nous allons être vigilants à ce que cette tarification reste avantageuse pour nos exploitations », s’est-il engagé ce jeudi.

Vers l’utilisation d’eaux non potables pour l’irrigation

Autre annonce majeure : le lancement prochain d’une expérimentation autour de l’utilisation d’eaux dites « brutes », c’est-à-dire des eaux non destinées à la consommation humaine, issues notamment du traitement des eaux usées (des eaux usées filtrées et traitées, mais impropres à la consommation).

Jusqu’à présent, certaines exploitations étaient alimentées en eau potable ou par camions-citernes. Il y a presque un an, Jean-Philippe Frère, le président de la FDSEA 06 (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles), estimait, sur Hexact, que 80 % des agriculteurs sont raccordés à l’eau potable au lieu de l’eau brute, dépensant environ 50% plus cher pour arroser leur exploitation. Pourtant, nul besoin d’eau potable pour arroser des cultures.

« Demain, par un réseau d’eau brute, nous pourrons faire davantage d’économies sur les ressources naturelles », a expliqué Christian Estrosi, évoquant une première phase expérimentale menée sur des exploitations désignées par la Chambre d’agriculture.

Christian Estrosi était sur place, ce jeudi 22 janvier, aux côtés des agriculteurs de Nice – Photo : Thomas Noël

Un cadre législatif encore en attente

Présente lors de la rencontre, Dominique Estrosi Sassone, sénatrice des Alpes-Maritimes, a replacé ces annonces dans un cadre plus large. Elle a rappelé l’adoption, en juillet dernier, de la loi dite « Duplomb », visant à lever plusieurs freins à l’exercice du métier d’agriculteur, notamment en matière de gestion de l’eau et d’extension des bâtiments d’élevage. « Cette loi était absolument nécessaire pour permettre aux agriculteurs de travailler sereinement », a-t-elle souligné, tout en regrettant l’absence, à ce stade, de décrets d’application. « Aujourd’hui, dans les Alpes-Maritimes, les irrigants sont tous branchés sur l’eau potable », a déploré la sénatrice. Une situation qu’elle juge incompatible avec les enjeux climatiques actuels.

Une satisfaction prudente chez les agriculteurs

Michel Dessus, président de la Chambre d’agriculture de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, s’est montré prudemment satisfait des engagements pris. Il a salué l’ouverture d’une phase d’expérimentation sur la réutilisation des eaux usées, tout en appelant à juger le dispositif sur le terrain. « Il faut travailler sur l’expérimentation, sur des exploitations pilotes », a-t-il insisté, évoquant également d’autres sujets de préoccupation, comme le droit du travail agricole, les bâtiments d’exploitation ou encore les débouchés en vente directe.

Une convention entre la Chambre d’agriculture, la Régie de l’eau et de l’assainissement et la Métropole devrait être signée prochainement afin d’encadrer juridiquement et techniquement cette expérimentation.

Les agriculteurs antibois ont levé le barrage devant la CASA à 16h ce jeudi 22 janvier. Photo : Thomas Noël