Au Musée national du sport, chercheurs comme créatifs planchent sur la science

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Publié le 24 janvier 2026 à 10h50
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Le Musée national du sport a accueilli ce vendredi matin la deuxième édition du Créathon, un atelier collaboratif organisé par l’Université Côte d’Azur. Pendant deux jours, chercheurs, étudiants, designers, développeurs ou simples bricoleurs travaillent ensemble pour transformer des sujets scientifiques complexes en dispositifs de médiation accessibles à tous.

Il fait froid et pleut dehors, mais les vitres du Musée national du sport sont bien embuées. À l’intérieur, les cerveaux sont en pleine ébullition. Installées entre les vitrines dans les espaces d’exposition, des tables accueillent une trentaine de participants. Post-it collés sur les tableaux déjà pleins d’idées à 11h, les discussions sont animées. Esquisses griffonnées à la hâte : le Créathon a officiellement débuté.

Un hackathon scientifique au cœur du musée

La trentaine de volontaires ont moins de 48 heures pour passer d’une idée scientifique à un prototype concret. Crédit photo : Thomas Noël

Organisé par l’Université Côte d’Azur, sous le label Science Azur, l’évènement s’inspire du format hackathon. Quatre chercheurs ont proposé chacun un sujet de recherche à vulgariser. L’objectif est de concevoir un prototype en équipe. Jeu, maquette, dispositif numérique ou mécanique, il doit rendre la science compréhensible lors d’évènements culturels.

Décloisonner les disciplines pour mieux transmettre

Designers, scientifiques, communicants, pédagogues, profils numériques ou simples bricoleurs, les équipes se composent de sept personnes, et sont volontairement équilibrées. « Il y avait une volonté de décloisonner, et même de se glisser dans des projets qui n’étaient pas les siens au départ », explique Alizée Kastler, chargée de médiation scientifique et coordinatrice à l’Université Côte d’Azur.

La candidature était ouverte à tous. Étudiants comme professionnels travaillent désormais côte à côte, jusqu’à ce samedi 24 janvier à 13h. La présentation finale des projets à 15h se fera devant un jury. À la clé, 2 500 euros pour l’équipe lauréate et la perspective de déployer le projet lors de futurs rendez-vous culturels, comme la Fête de la Science.

Jeux, IA, sport et sciences humaines

Parmi les thématiques proposées cette année : l’identification des espèces végétales à travers l’archéologie et la biologie, la biologie du développement transformée en escape game, la psychologie du sport appliquée à l’activité physique chez les femmes victimes de violences, ou encore les troubles financiers explorés à travers l’intelligence artificielle.

Venus de domaines parfois éloignés, les volontaires n’ont pour la plupart jamais travaillé ensemble auparavant. Crédit photo : Thomas Noël

En pleine réflexion, Jason, Maïwen et Diego tentent de donner forme à un jeu de société autour de l’intelligence artificielle, destiné aux enfants dès sept ans. « Le but, c’est de faire comprendre comment utiliser l’IA, ses risques et leviers », explique Jason, étudiant en informatique à l’Ecole 42. « Il faut simplifier des concepts très mathématiques pour les rendre accessibles. Et comme on vient tous d’horizons différents, on apprend énormément les uns des autres ».

Maïwen, étudiante en communication, insiste sur cette complémentarité des profils. « Je pense à la perception du jeu par le public, à sa valorisation, pendant que d’autres apportent une vision plus technique. Au début, c’était un peu chaotique, mais on finit par se compléter ». Pour Diego, étudiant en biologie, le choix du support est central. « On veut faire passer un message clair à travers le concept même du jeu. L’IA doit rester un outil, pas une dépendance ».

Des chercheurs bousculés dans leurs habitudes

Du côté des scientifiques, l’exercice est tout aussi stimulant. « Travailler avec des métiers différents nous oblige à repenser notre vocabulaire et notre méthodologie », confie Stéphane Meriaux, enseignante-chercheuse en STAPS. « Nos questionnaires scientifiques ne suffisent pas à répondre aux enjeux de société. Ici, on crée des outils accessibles, en partant d’une base scientifique solide ».

Pour Camille Favola, doctorante en STAPS, le Créathon est aussi un moyen de sortir de la recherche en laboratoire. « C’est un vrai partage. La société aide la recherche, et la recherche doit aussi aider la société, surtout sur des thématiques aussi sensibles ».

Un atelier XXL pour prototyper sans limites

Les participants pourront s’appuyer l’après-midi sur un vaste espace de fabrication mis à disposition par l’association Museomix Azur. Imprimantes 3D, découpe vinyle, matériel de bricolage, cartons, peinture, kits Arduino, composants électroniques, matériel audio et vidéo, tout est réuni pour prototyper rapidement.

Laurène Bertrand, présidente de Museomix Azur et chargée du service des publics et du numérique au Musée national du sport, veille avec d’autres membres de l’association au bon déroulement de l’atelier, reconnaissable à son t-shirt d’arbitre. « C’est symbolique. On donne les règles et on surveille le timing, mais sans cartons rouges. Personne ne sera exclu ».

Carton rouge ou pas, une sélection aura bien lieu. Samedi à 15h, le jury désignera le projet lauréat. Un moment décisif pour ces équipes qui, le temps d’un week-end, auront tenté de faire dialoguer science, créativité et société.