Commission d’enquête sur l’audiovisuel public : auditions, polémiques… Où en est l’enquête parlementaire ?

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Publié le 31 mars 2026 à 18h05
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Auditions de stars des médias, tensions internes, soupçons de partialité… Depuis plusieurs mois, la commission d’enquête sur l’audiovisuel public agite l’Assemblée nationale. Avec l’impression d’en entendre beaucoup à son sujet, depuis longtemps, sans savoir où elle en est et jusqu’à quand elle va durer. Son objectif, sa date de fin, la suite du programme et les critiques de cette initiative, on vous explique tout.

C’est quoi, une commission d’enquête parlementaire ?

À l’Assemblée nationale, chaque L’Assemblée nationale est, en avril 2026, composée de 12 groupes politiques : Droite républicaine (Laurent Wauquiez), Écologiste et social, Ensemble pour la République (Gabriel Attal), Gauche démocrate et républicaine, Horizons et Indépendants, La France insoumise — NFP (Mathilde Panot), Les Démocrates (Marc Fesneau), Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires, Rassemblement national (Marine Le Pen), Socialistes (Boris Vallaud), UDR (Éric Ciotti). Le dernier groupe réunit les non-inscrits. peut être à l’origine de la création d’une commission d’enquête par an seulement. L’objectif de ces commissions est d’ « enquêter sur des faits ne donnant pas lieu à des poursuites judiciaires ou examiner la gestion de services ou d’entreprises publics », selon l’Assemblée nationale. Elle est donc un mode de contrôle de ce que fait le gouvernement par le Il est composé de l’Assemblée nationale et du Sénat. Il vote la loi, contrôle l’action du gouvernement et évalue les politiques publiques..

Toutes les commissions d’enquête parlementaire peuvent être composées de 30 députés au maximum, choisis dans plusieurs groupes politiques afin d’assurer la représentativité de tous les groupes de l’Assemblée nationale.

Pour enquêter, une commission mène principalement des auditions, mais peut aussi réclamer des investigations de la Cour des comptes, par exemple.

« Audiovisuel public » : de quoi parle-t-on ?

L’audiovisuel public représente toutes les entreprises qui, financées par le contribuable et l’argent public, produisent du contenu audiovisuel de divertissement ou d’information. En France, trois entreprises sont majoritaires : Entreprise de l’audiovisuel public. Détient les 44 stations locales ici (ex France Bleu), mais aussi France Inter, franceinfo, France Culture, France Musique, Fip et Mouv’., Groupe d’audiovisuel public. Détient les chaines télé France 2, France 3, France 4, France 5 et franceinfo, mais aussi les plateformes de streaming Slash, okoo et Lumni. et France Médias Monde (détient notamment RFI et France 24).

Le groupe UDR a donc choisi d’utiliser son droit pour mener une enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public », comme l’indique son nom complet.

Née dans l’affaire Legrand et Cohen

Cette commission d’enquête s’inscrit dans un contexte marqué par l’affaire Thomas Legrand et Patrick Cohen : en septembre 2025, les deux journalistes, salariés de l’audiovisuel public, ont été filmés dans un café, à leur insu, alors qu’ils échangeaient avec deux responsables du Parti socialiste au sujet de l’élection municipale à Paris. « On fait ce qu’il faut pour [Rachida] Dati, Patrick [Cohen] et moi », entendait-on lancer Thomas Legrand, dans la vidéo, sortie de son contexte.

Certaines personnalités politiques avaient alors réagi, dont Rachida Dati, qui avait dénoncé « des propos graves et contraires à la déontologie » dans une publication sur X (ex-Twitter). Ont suivi de nombreuses critiques sur la partialité de l’audiovisuel public.

Les journalistes accusés s’étaient défendus. « Je tiens des propos maladroits [mais] j’assume de ’m’occuper’ journalistiquement des mensonges de madame Dati », avait expliqué Thomas Legrand dans un communiqué, rejetant, comme Patrick Cohen, toute volonté de « réunion conspirative ».

« Mais Jérémie, qu’est-ce que tu fais ? »

Quelques temps plus tard, le 28 octobre 2025, une commission d’enquête est créée à l’initiative du groupe parlementaire Union des droites pour la République (le parti d’Éric Ciotti), classé à l’extrême droite par une décision du Conseil d’État.. Elle est présidée par Jérémie Patrier-Leitus (du parti Parti de centre-droit, fondé par l’ancien premier ministre Édouard Philippe.) et son rapporteur est Charles Alloncle (député Union des droites pour la République (le parti d’Éric Ciotti), classé à l’extrême droite par une décision du Conseil d’État. de l’Hérault).

Elle ne s’est pas toujours déroulée de façon très apaisée : le 4 février 2026, le président a mis fin précipitamment à l’audition d’anciens ministres de la Culture, accusé par le rapporteur d’avoir des liens avec une société liée à l’enquête.

Pourquoi on en entend beaucoup parler ?

Déjà parce que, on le disait, les commissions d’enquête ne sont pas très nombreuses (une seule par an est possible par groupe à l’Assemblée nationale). Mais aussi parce que de nombreux cadors des médias français ont été interrogés : Élise Lucet, Vincent Bolloré, Samuel Étienne, Léa Salamé, Laurent Delahousse… Le rapporteur avait tenté d’obtenir le montant du salaire de plusieurs journalistes stars du service public sans y parvenir vraiment.

D’autres convoqués ont également refusé de se présenter, comme les anciens présidents de la République Nicolas Sarkozy ou François Hollande, ou encore l’homme d’affaires Le milliardaire détient tout ou partie des sociétés Free, Le Monde ou encore Nice-Matin. Il est aussi actionnaire de la société de production audiovisuelle Mediawan..

Pourquoi est-elle importante ?

Au-delà de ces auditions médiatisées, cette commission d’enquête touche au sujet particulièrement sensible du rôle et de l’indépendance de l’audiovisuel public. En filigrane, c’est la question de la confiance dans les médias qui est posée.

Pour certains responsables politiques, notamment à droite et à l’extrême droite, cette commission est l’occasion de dénoncer un supposé biais idéologique au sein du service public. À l’inverse, une partie de la gauche et des professionnels du secteur y voient une tentative de mise sous pression politique.

Plus largement, ces travaux s’inscrivent dans un débat ancien sur l’avenir de l’audiovisuel public : faut-il le réformer, réduire son périmètre, ou au contraire renforcer ses moyens et ses garanties d’indépendance ? Les conclusions de la commission pourraient ainsi alimenter de futures propositions de loi, voire relancer le débat sur une éventuelle privatisation partielle.

Des critiques sur la partialité

Si la commission vise à enquêter sur la neutralité du service public, elle est elle-même contestée pour sa partialité. Quelques jours après son lancement, Charles Alloncle justifiait le lancement de cette commission en raison de « biais idéologiques » et de « dérives », causant une « rupture du contrat de mission de service public quand un dirigeant donne une ligne politique à sa rédaction ».

Si le président Jérémie Patrier-Leitus avait assuré vouloir éviter que les débats « se transforment en procès » d’un audiovisuel public dont il ne souhaite pas la privatisation « ni partielle ni totale », le rapporteur Charles Alloncle assurait que cette commission ne se transformait pas en tribunal. Pourtant, beaucoup lui reprochent de ne pas y aller de main morte dans ses interventions. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, avait même dû lui demander de « faire preuve de retenue dans [ses] prises de position, et [ses] expressions publiques, en particulier sur les réseaux sociaux et tout particulièrement durant les auditions », dans un courrier révélé en décembre par le journal Le Monde.

Quel programme pour les jours à venir ?

Ce 1er avril, l’animateur et producteur Nagui doit être entendu à 14h30. À 17h30, ce sera au tour des patrons de TF1 (Rodolphe Belmer), Canal + (Maxime Saada) et M6 (David Larramendy). 

Jeudi 2 avril seront entendus : Michèle Cotta (ancienne directrice générale de France 2), Patrice Duhamel (ancien directeur général de France Télévisions), d’autres anciens présidents de France Télévisions, ainsi que trois actionnaires de la société de production Mediawan (dont Xavier Niel et Matthieu Pigasse).

Quand se finira-t-elle ?

Il n’y a pas de date de fin définie. Toutefois, toutes les commissions d’enquête parlementaires ne peuvent excéder une durée de six mois. La commission doit donc se clôturer le 28 avril 2026 au plus tard. Le rapport devrait être rendu le 23 ou 24 avril, selon le Parisien.

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