Alors que l’Union européenne finalise un accord de libre-échange avec les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay), le débat dépasse déjà les cercles politiques. À Nice, les bouchers et consommateurs s’interrogent sur l’impact de ces importations de viande sur l’agriculture, l’environnement et le pouvoir d’achat. Un accord négocié à Bruxelles, mais dont les conséquences pourraient se jouer dans le quotidien des Français.
L’Union européenne a conclu, ce samedi 17 janvier 2026, l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. Le texte pourrait notamment faciliter l’arrivée de la viande sud-américaine sur le marché européen. Le Parlement européen doit encore l’approuver avant son application. Il devrait statuer sur la question aux alentours des mois d’avril ou mai 2026. Mais juridiquement, une application provisoire est possible, sur proposition de la Commission, avant même ce vote. Dans les commerces, les doutes sont là.
Agriculture : la crainte d’un déséquilibre
Avant même le passage devant les eurodéputés, attendu dans les prochains mois, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a signé le traité ce 17 janvier à Asunción, au Paraguay. À Bruxelles, l’exécutif européen insiste sur les bénéfices économiques et diplomatiques de l’accord, et une majorité d’États membres y est favorable. En France, le climat est mitigé.
On n’a pas besoin de viande venant d’Amérique, on a largement ce qu’il faut en France.
Cyril Astry, boucher à Nice
Le gouvernement français craint un risque majeur pour l’agriculture européenne, à cause des importations étrangères jugées moins chères, mais pas toujours soumises aux mêmes exigences sanitaires, environnementales et sociales. Ces inquiétudes alimentent depuis plusieurs semaines un mouvement de colère agricole, marqué par des actions de blocage à travers le pays. Pour autant, certains secteurs sortent gagnants de cet accord, notamment pour la filière viticole, et celle de laits et de fromages.
« On a largement ce qu’il faut en France »
À Nice, dans les commerces de proximité, la question dépasse la géopolitique. Elle touche directement au modèle agricole et alimentaire. Dans sa boucherie de l’avenue des Diables Bleus, quartier Riquier, Cyril Astry affiche une position sans nuance. Dans sa vitrine : uniquement de la viande française. « Je ne prendrai jamais d’autres viandes que de la française. On n’a pas besoin de viande venant d’Amérique, on a largement ce qu’il faut en France », lance l’artisan. Un choix revendiqué, à la fois économique et social. « Je préfère faire travailler les Français », ajoute-t-il, sans que l’argument du prix moindre, souvent avancé pour défendre les importations, puisse le convaincre.
L’acte d’achat comme levier de pression ?
Chez les clients niçois, on s’interroge. Certains voient, dans cet accord UE–Mercosur, un nouveau coup porté aux agriculteurs français, déjà fragilisés par des revenus faibles et des conditions de travail difficiles. Alors, face à ces décisions européennes, perçues comme lointaines et imposées, certains réfléchissent à une riposte, à leur échelle. « En tant que consommateurs, on peut essayer de faire quelque chose : ne plus acheter de viande. Sauf si on sait qu’elle vient de chez nous », tente Emmanuelle. L’acte d’achat deviendrait alors un levier de pression ou un choix assumé.
Des critères multiples pour un même produit
Pour les détracteurs de l’accord, le rejet de la viande importée repose aussi sur des arguments environnementaux : transport longue distance, traçabilité incertaine, méthodes d’élevage… Mais tous les clients ne se positionnent pas de la même manière. Certains consommateurs niçois adoptent un regard plus prudent. « Il paraît qu’en Argentine et au Brésil, on fait de la bonne viande », défend Fabrice. À condition, toutefois, de rester mesuré. « J’en mangerai peut-être un petit peu, mais sans en faire une surconsommation », poursuit le client.
Si l’accord UE–Mercosur se joue officiellement à Bruxelles, ses répercussions se font déjà sentir à Nice : soutien au local et à l’écologie, solidarité agricole, arbitrages budgétaires… Si une application provisoire du traité devait être proposée par la Commission, ces tensions pourraient s’accentuer. Reste à savoir si les positions exprimées aujourd’hui se traduiront au moment de passer à la caisse.
