Autocensure, conformisme, lente évolution des mentalités… Malgré la progression de la pratique sportive féminine, la légitimité des femmes dans le sport reste largement contestée. À l’occasion des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, nous sommes allés recueillir le témoignage de femmes.
Alors que les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026 mettent en lumière des athlètes du monde entier (féminines comme masculins), la place des femmes dans le sport continue d’être discutée. Si les pratiques se féminisent, la légitimité de leur parole reste encore, pour beaucoup, à défendre.
« Ce n’est pas vraiment un sport »
Jeanne a 19 ans. Elle pratique la danse depuis l’enfance, à raison d’environ quinze heures par semaine. Modern jazz, classique, hip hop : le sport structure son quotidien. Pourtant, lorsqu’elle en parle, elle ne se sent pas toujours prise au sérieux. « Dans la danse, on me dit souvent que ce n’est pas un sport. Et quand on parle des sports plus médiatisés comme le foot ou le basket, on entend très vite que de toute façon les filles n’y connaissent rien. »
Ce qu’elle décrit renvoie à une hiérarchisation implicite des disciplines. Les sports considérés comme féminins sont moins médiatisés, moins commentés, et donc moins reconnus.
Quand le doute devient intérieur
À force d’être testées ou moquées, certaines femmes finissent par s’effacer d’elles-mêmes des conversations sportives. « Parfois, je me dis que je ne vais pas participer à la discussion. J’ai peur de dire quelque chose de faux et que les mecs rigolent », soupire la danseuse.
Le sexisme ne passe plus seulement par des propos explicitement hostiles, mais par un mécanisme plus insidieux : l’anticipation du jugement qui conduit à l’autocensure.
Le sport comme une « mini-société »
Louna a pratiqué le football pendant huit ans. Elle a d’abord joué avec des garçons, avant d’intégrer des équipes uniquement composées de filles. Ce parcours lui a permis d’observer comment le sport façonne aussi les comportements. « Quand je suis arrivée chez les filles, j’ai remarqué que celles qui avaient joué avec des garçons avaient pris des comportements normés masculins. Celles qui avaient commencé entre filles, pas forcément. »
Elle résume ce phénomène en une image : « C’est comme un moule ». Dans les sports historiquement masculins, la légitimité passe parfois par l’adaptation aux codes dominants, plus que par la reconnaissance des parcours pluriels.
Observer, former, accompagner
Ces mécanismes, certaines structures les observent sur le long terme et tentent d’y répondre par un travail de terrain. C’est le cas de la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT), fédération omnisports historiquement engagée sur les questions d’accès au sport et de mixité.
Dans les Alpes-Martimes, Chantal Meillerand, coprésidente du comité départemental et référente sur les questions de sexisme, accompagne les clubs au quotidien. Un travail qui passe par la formation des dirigeants et des encadrants, mais aussi par une réflexion sur la place des femmes dans les équipes et les instances.
Malgré les actions menées, le constat reste nuancé. « Ça n’a pas évolué tant que ça. Surtout dans les anciennes générations, ils ont beaucoup de mal », constate la spécialiste. À la FSGT, des formations de sensibilisation à la lutte contre le sexisme sont régulièrement organisées et, si des évolutions sont visibles chez les plus jeunes, les résistances demeurent. « Dans les jeunes générations, on a plus l’habitude d’intégrer des femmes. Mais on avance petit à petit. C’est un travail de très longue haleine, et surtout un travail d’éducation dès le plus jeune âge ».

Une légitimité encore questionnée
Ce que racontent Jeanne et Louna, et ce que constate Chantal Meillerand, dessine une même réalité. Les femmes ne manquent pas de compétences dans le sport, mais d’un espace où ces compétences ne sont pas systématiquement mises en doute.
Si tant de femmes hésitent encore à parler de sport, ce n’est peut-être pas par manque de savoir, mais parce que cette légitimité continue d’être questionnée.
