Victoire d’Éric Ciotti aux élections municipales de Nice : un séisme politique

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Publié le 24 mars 2026 à 22h26
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Au terme d’une campagne d’une violence inouïe, marquée par des affaires de « barbouzeries » et un duel fratricide, Éric Ciotti a renversé Christian Estrosi ce dimanche 22 mars. Le départ du maire sortant acte la fin d’une ère pour la cinquième ville de France.

C’est un paysage politique dévasté que les Niçois contemplent quelques jours après le second tour. Avec 48,54 % des suffrages, Éric Ciotti (UDR-RN) s’est emparé de la mairie de Nice, reléguant Christian Estrosi (Horizons) à 37,2 % et la candidate d’une partie de la gauche (LES Écologistes, PS, PCF), Juliette Chesnel-Le Roux, à 14,26 %. Plus qu’une alternance, c’est un séisme dont les répliques se font sentir bien au-delà des Alpes-Maritimes.

Le « combat des droites » : une tragédie grecque

L’enjeu de ce scrutin ne s’est jamais résumé à une simple opposition de programmes. Il s’agissait d’un duel à mort entre deux hommes dont les destins sont liés depuis 1988. Éric Ciotti, l’ancien collaborateur devenu rival, a méthodiquement déconstruit l’hégémonie de son ex-mentor.

La presse nationale a décrit une campagne d’une « brutalité rarement atteinte », où les attaques personnelles ont pris le pas sur les projets urbains. Cette victoire de l’alliance UDR-RN marque le triomphe d’une droite identitaire sur une droite « macroniste-compatible » incarnée par le parti Horizons.

L’affaire de la « tête de porc », symbole d’une campagne sous haute tension

Le tournant le plus sombre de cette campagne restera sans doute le 27 février, lorsqu’une tête de porc a été découverte devant le domicile de Christian Estrosi. Si l’émotion fut immédiate, l’enquête a révélé des zones d’ombre troublantes.

Quatre suspects, aux profils hétéroclites, allant d’un informaticien tunisien à un ancien agent de la Direction de surveillance du territoire (DST), ont été mis en examen. Les révélations sur des contacts entre ces individus et certains membres de l’équipe de campagne du maire sortant ont alimenté un climat de suspicion généralisée. Christian Estrosi a dénoncé une « tentative d’infiltration » et une « barbouzerie », mais le mal était fait : la sérénité du débat démocratique s’est évaporée dans les rumeurs de manipulation.

L’isolement national et le « lâchage » de la droite

Dès l’entre-deux tour, le navire Estrosi avait déjà commencé à prendre l’eau de l’intérieur. Le coup de grâce est venu de Paris, porté par Bruno Retailleau. Le patron des Républicains a refusé d’apporter son soutien au maire sortant face à l’alliance UDR-RN, préférant acter une fracture irréparable avec l’aile « macroniste » de la droite. Cet isolement national a privé Christian Estrosi du label « unique recours » qu’il avait brandi, le laissant seul face à la déferlante Ciotti.

Une attaque frontale envers la gauche

C’est pourtant pour ses opposants locaux que Christian Estrosi a réservé ses flèches les plus empoisonnées lors de son ultime allocution. Livide, le maire déchu n’a pas cherché à masquer son amertume, ciblant directement le maintien au second tour de Juliette Chesnel-Le Roux (14,26 %). Pour lui, ce refus de se désister n’était pas un choix démocratique, mais une trahison historique.

Cette campagne restera comme celle où la gauche a passé une alliance objective avec le RN. Le front républicain est mort ce soir à Nice. On se souviendra toujours qu’il est mort ici.

Christian Estrosi

Par ce réquisitoire, Christian Estrosi a transformé sa sortie de scène en un acte d’accusation, faisant de Nice le symbole national de l’effondrement des anciens barrages politiques.

Fidèle à son tempérament, le maire sortant a choisi la rupture totale : il ne siégera ni au conseil municipal, ni à la Métropole. En se retirant pour « songer à d’autres défis » et se consacrer à sa famille, il laisse derrière lui une ville gérée pendant près de 20 ans par ses équipes.